La vérité sur les activités secrètes des éditeurs.

Visiteuse, visiteur, oui, tu as bien lu: la vérité que tu brûles de connaître depuis tant d'années et qu'en un savant complot les puissants cachaient à ton entendement, aujourd'hui la voix stridente du Sous-Sol te la révèle. Tout d'un bloc. Boum.
A la faveur de l'été, me faisant embaucher comme serveur au Café de Flore, j'ai pu infiltrer les principaux groupes éditoriaux. Oui j'ai côtoyé les maîtres du jeu, ceux qui font et défont les gloires littéraires, et surtout j'ai pu approcher leurs hommes de main, ceux dont on n'entend jamais parler et qui dans l'ombre sont chargés des basses besognes, à savoir: les trafiquants de rentrée littéraire, les nègres de nègres, et les exterminateurs de wannabe.
LES TRAFIQUANTS DE RENTREE LITTERAIRE
Voilà une activité respectable, pas secrète du tout, du moins en apparence. Il s'agit de l'ensemble des journalistes et lecteurs éclairés qui nous annoncent, dès le printemps, quelles seront les oeuvres incontournables de l'automne. Sous formes d'extraits juteux (magazine "Lire") et de rumeurs alléchantes, les trafiquants de rentrée littéraire parviennent à nous faire croire qu'ii y aura 676 romans à découvrir à la rentrée tout en ne nous permettant de nous intéresser qu'à une poignée d'entre eux. Mention spéciale au site "Culture Café", qui propose un sondage populaire: "quels sont les auteurs de la rentrée que vous attendez le plus?". Evidemment, pour éviter que les sondés hésitent péniblement entre les 676 titres qui ne leur évoquent pas grand chose, le charitable café opère une première sélection de 10 romans, 5 émergeant à l'issue des votes démocratiques; ce qui permet déjà à l'internaute de ne plus en attendre 666. Du coup, quand les trafiquants font bien leur boulot _ et assurément ils le font bien, on peut tirer le bilan de la rentrée littéraire de septembre dès le mois de juin (et pilonner tout de suite le reste).
LES NEGRES DE NEGRES
On sait que beaucoup de romans de deuxième ordre n'ont pas été écrits par leurs auteurs officiels, personnalités en vue mais surbookées et/ou illettrées. On sait que ceux que l'on appelle "nègres littéraires", souvent talentueux, finissent par être connus et reconnus, passant de l'ombre à la lumière par une oeuvre personnelle parallèle, comme l'emblématique Dan Frank qui a justement sorti récemment Roman nègre. Mais ce que le grand public ignore, c'est que la plupart des nègres littéraires célèbres sont eux mêmes assistés par des équipes de nègres anonymes, qui prennent en charge leurs romans les plus faussement authentiques. En fait, aussi choquant que cela puisse paraître, tout écrivain vivant est le nègre d'un autre écrivain, en une longue chaîne ininterrompue, pour des raisons de contrats occultes et de stratégies publicitaires très souples. Pour ne donner qu'un exemple: sachez que c'est un certain Bernard Puteau qui, dans une chambre de bonne du XIX° arrondissement, a rédigé tous les romans que l'on attribue à Dan Frank qui est lui même l'auteur véritable de l'oeuvre complète de Jean d'Ormesson qui lui-même, je le dis pour ceux qui l'ignoreraient encore, a écrit Les Bienveillantes à la place de Jonathan Littell (qui parle français aussi bien que moi je parle népalais, franchement, c'était gros, comment a-t-on pu le prendre au sérieux?), Jonathan Littell qui est malgré tout le créateur insoupçonné de la saga Harry Potter.
LES EXTERMINATEURS DE WANNABE
Rappelons-le: les éditeurs en général n'ont rien contre les wannabe en général (pour ceux que le mot "wannabe" gêne encore, disons: les "moi-aussi-je-veux-être-écrivain"). Bien au contraire, les wannabe sont souvent des lecteurs fidèles, donc des consommateurs fidèles, et à part infester les services de manuscrits, ils ne sont pas très dérangeants. Sauf certains, du genre persistant et revendicatif: harcèlement téléphonique, mails d'amour haineux, harponnage en plein Salon du Livre, blogs séditieux, ils ne savent plus s'arrêter. Alors là, les éditeurs ont recours à des experts, les fameux Exterminateurs de wannabe, dont le salaire oscille entre 3000 et 5000 euros selon les affaires traitées (on dit qu'une prime supplémentaire de 7000 euros serait accordée à l'éliminateur de Wrath). Ces spécialistes de l'action psychologique agissent incognito, comme on s'en doute, leur principale tactique consistant à dégoûter les candidats au rêve fumeux de l'édition. Et pour cela, tous les coups sont permis: se faire passer pour un écrivain multi-édité qui a sombré dans la dépression à cause des publications et des prix littéraires accumulés; jouer au pourrisseur de réputation, en colportant les ragôts les plus infâmes sur toutes les maisons d'édition classiques, jusqu'à ce que le wannabe, pris de nausée, se décide à s'auto-éditer en silence; enfin, si le mental du wannabe ciblé résiste à toutes ces pressions, lui détruire la main à la barre de fer, d'un geste vigoureux et précis, de façon à ce qu'il ne puisse plus jamais pianoter bêtement sur son clavier (pour ceux qui s'interrogent sur la façon de détruire une main avec une barre de fer, voir Casino de Martin Scorsese).
Voilà, désormais vous savez tout. Peut être que certains me diront que je me suis montré bien trop téméraire (ou trop couillu, selon le niveau de langue de chacun). Mais c'est ainsi: courageusement planqué dans mon sous-sol, j'assume tout.
Et en réalité, vous n'avez encore rien vu: l'été prochain, j'essaierai de me faire embaucher au bar de la Villa Médicis. Et alors là, faites moi confiance, insoutenables seront mes nouvelles révélations.
A la faveur de l'été, me faisant embaucher comme serveur au Café de Flore, j'ai pu infiltrer les principaux groupes éditoriaux. Oui j'ai côtoyé les maîtres du jeu, ceux qui font et défont les gloires littéraires, et surtout j'ai pu approcher leurs hommes de main, ceux dont on n'entend jamais parler et qui dans l'ombre sont chargés des basses besognes, à savoir: les trafiquants de rentrée littéraire, les nègres de nègres, et les exterminateurs de wannabe.
LES TRAFIQUANTS DE RENTREE LITTERAIRE
Voilà une activité respectable, pas secrète du tout, du moins en apparence. Il s'agit de l'ensemble des journalistes et lecteurs éclairés qui nous annoncent, dès le printemps, quelles seront les oeuvres incontournables de l'automne. Sous formes d'extraits juteux (magazine "Lire") et de rumeurs alléchantes, les trafiquants de rentrée littéraire parviennent à nous faire croire qu'ii y aura 676 romans à découvrir à la rentrée tout en ne nous permettant de nous intéresser qu'à une poignée d'entre eux. Mention spéciale au site "Culture Café", qui propose un sondage populaire: "quels sont les auteurs de la rentrée que vous attendez le plus?". Evidemment, pour éviter que les sondés hésitent péniblement entre les 676 titres qui ne leur évoquent pas grand chose, le charitable café opère une première sélection de 10 romans, 5 émergeant à l'issue des votes démocratiques; ce qui permet déjà à l'internaute de ne plus en attendre 666. Du coup, quand les trafiquants font bien leur boulot _ et assurément ils le font bien, on peut tirer le bilan de la rentrée littéraire de septembre dès le mois de juin (et pilonner tout de suite le reste).
LES NEGRES DE NEGRES
On sait que beaucoup de romans de deuxième ordre n'ont pas été écrits par leurs auteurs officiels, personnalités en vue mais surbookées et/ou illettrées. On sait que ceux que l'on appelle "nègres littéraires", souvent talentueux, finissent par être connus et reconnus, passant de l'ombre à la lumière par une oeuvre personnelle parallèle, comme l'emblématique Dan Frank qui a justement sorti récemment Roman nègre. Mais ce que le grand public ignore, c'est que la plupart des nègres littéraires célèbres sont eux mêmes assistés par des équipes de nègres anonymes, qui prennent en charge leurs romans les plus faussement authentiques. En fait, aussi choquant que cela puisse paraître, tout écrivain vivant est le nègre d'un autre écrivain, en une longue chaîne ininterrompue, pour des raisons de contrats occultes et de stratégies publicitaires très souples. Pour ne donner qu'un exemple: sachez que c'est un certain Bernard Puteau qui, dans une chambre de bonne du XIX° arrondissement, a rédigé tous les romans que l'on attribue à Dan Frank qui est lui même l'auteur véritable de l'oeuvre complète de Jean d'Ormesson qui lui-même, je le dis pour ceux qui l'ignoreraient encore, a écrit Les Bienveillantes à la place de Jonathan Littell (qui parle français aussi bien que moi je parle népalais, franchement, c'était gros, comment a-t-on pu le prendre au sérieux?), Jonathan Littell qui est malgré tout le créateur insoupçonné de la saga Harry Potter.
LES EXTERMINATEURS DE WANNABE
Rappelons-le: les éditeurs en général n'ont rien contre les wannabe en général (pour ceux que le mot "wannabe" gêne encore, disons: les "moi-aussi-je-veux-être-écrivain"). Bien au contraire, les wannabe sont souvent des lecteurs fidèles, donc des consommateurs fidèles, et à part infester les services de manuscrits, ils ne sont pas très dérangeants. Sauf certains, du genre persistant et revendicatif: harcèlement téléphonique, mails d'amour haineux, harponnage en plein Salon du Livre, blogs séditieux, ils ne savent plus s'arrêter. Alors là, les éditeurs ont recours à des experts, les fameux Exterminateurs de wannabe, dont le salaire oscille entre 3000 et 5000 euros selon les affaires traitées (on dit qu'une prime supplémentaire de 7000 euros serait accordée à l'éliminateur de Wrath). Ces spécialistes de l'action psychologique agissent incognito, comme on s'en doute, leur principale tactique consistant à dégoûter les candidats au rêve fumeux de l'édition. Et pour cela, tous les coups sont permis: se faire passer pour un écrivain multi-édité qui a sombré dans la dépression à cause des publications et des prix littéraires accumulés; jouer au pourrisseur de réputation, en colportant les ragôts les plus infâmes sur toutes les maisons d'édition classiques, jusqu'à ce que le wannabe, pris de nausée, se décide à s'auto-éditer en silence; enfin, si le mental du wannabe ciblé résiste à toutes ces pressions, lui détruire la main à la barre de fer, d'un geste vigoureux et précis, de façon à ce qu'il ne puisse plus jamais pianoter bêtement sur son clavier (pour ceux qui s'interrogent sur la façon de détruire une main avec une barre de fer, voir Casino de Martin Scorsese).
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