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Marco a rencontré un éditeur

                                                                               
  
     Oui, c'était mardi, et il s'en est passé, des choses, et il s'en est dit, des choses, tellement même que je ne sais par où commencer. Je propose donc un (incomplet) Abécédaire qui permettra de faire le tour de la question.

     comme Ah! quelle belle journée!

     B comme Blog et comme Bof. J'ai cru malin à la fin de l'entrevue de préciser que je tenais un blog "littéraire". Flop total.

     C comme Contrat à compte d'éditeur, ce n'est jamais de refus. Sur la base de 10%. Déjà que j'aurais accepté à 0,1%, 10% pensez donc.

     D comme Deux personnes dans la salle qui avaient pris connaissance de mon manuscrit. Ce qui faisait trois en me comptant. Trois individus réunis dans un même espace restreint et dont le point commun est d'avoir lu mon roman, c'est grisant, ça donne presque le vertige. Qu'est ce que ça sera quand ils seront trois millions dans ce cas.

     E comme Excuses, je présente mes excuses à tous ceux qui étaient persuadés qu'ils trouveraient des révélations croustillantes dans ce billet.

     G comme Gains financiers envisageables. Voir "M" comme Mobylette.

     H comme Hospitalité. "Vous voulez un café? _ Non merci, je viens d'en prendre un". Ce sont les premières paroles de notre échange. On sent tout de suite que c'est bien engagé, à la limite du fusionnel.

     I comme Illustration. Monsieur (biiip) a déjà une idée pour la couverture, qui correspond bien à l'esprit du roman. Du coup, même si on en est encore à un stade conceptuel, ça devient terriblement concret. Nouveau vertige.

     J
comme Janvier 2009; ça pourrait être la date de parution de vous savez quoi. Si tout se passe bien jusqu'au bout. On touche du bois.

     M comme Mobylette. Monsieur (biiip) a préféré être clair: "avec ce que vous allez gagner, n'espérez pas vous acheter une mobylette". Eh bien justement, je n'aime pas les mobylettes, engins beaucoup trop bruyants et beaucoup trop polluants pour l'éco-citoyen que je suis. J'ai donc été fort aise d'apprendre que je ne pourrai jamais m'en payer une.

     P comme Pas d'emballement juvénile: rien n'est encore signé.

     Q comme Q
ue manger avant le rendez-vous? L'entrevue étant en début d'après midi, j'ai renoncé à une pizzeria pourtant appétissante, de peur d'être alourdi et de perdre toute vivacité. Par conséquent, j'ai stratégiquement opté pour un restaurant chinois, rapport qualité-prix intéressant, nems un peu gras mais riz cantonais irréprochable. (oui je sais, tout cela n'a aucun intérêt, mais vous savez bien que c'est ce genre de détails inutiles qui garantit l'authenticité des témoignages les plus poignants.)

     R comme Relectures guidées. Assidues, à l'endroit à l'envers, impitoyables. Bizarrement, cette phase théoriquement ingrate me plaît beaucoup. Même si c'est toujours flippant d'arriver à repérer une nouvelle faute d'accord ou une répétition maladroite ou un adjectif en trop au delà de la soixante quinzième relecture.

     S comme Sourire niais du Marco, du début à la fin de l'entretien, un Marco réactif comme une équipe de Russie en demi-finale de l'Euro.

     T comme Transformation. Un passage en particulier ne plaît pas à Monsieur (biiip), un passage dramatique dont je n'étais pas spécialement fier. Donc hop! transformé le passage! méconnaissable! complète réincarnation! chirurgie esthétique intégrale! Et personne ne saura jamais de quoi il était question avant la transformation hin! hin! hin! hin! (rire diabolique du détenteur de secret dont tout le monde se fout)

     Z comme Ze suis très content.
     

     

    
Marco · 1511 vues · 28 commentaires
27 Jun 2008

Quand Paul Verlaine essayait d'être méchant


                                                                           
   

    Le "pauvre Lélian", prince des poètes maudits, illustre convive des "Vilains Bonshommes", excellait dans le ténu, le malaise intermittent, le rythme faussement discordant, la complainte désabusée, l'enthousiasme assourdi, la polissonnerie à demi-mots, la mélodie insinuante, voilà qui est établi depuis fort longtemps et que l'on ne discutera pas. "Fadeur de Verlaine", affirma le mirobolant critique Jean Pierre Richard, non sans accorder une haute valeur poétique à cette fadeur.

    
     Dès le départ, on voit en Verlaine un sensible-sensuel, élève ni trop bon ni trop mauvais, un grand garçon influençable qui craint Paris et ses séductions: comme le note l'abbé Delogne alors qu'il a 20 ans, "la grande ville convient peu à sa pauvre volonté". Saturnien sans trêve, le garçon semble subir son capitaine de père, puis la trop convenue Mathilde, ce qui ne l'empêche pas d'hasarder quelques pas dans les chemins de traverses dès que possible, à une époque où poétiqueries et provocations se conjuguent avec un certain naturel. On connaît la suite: protecteur vite subjugué par l'abominable voleur de feu de Charleville, c'est désormais à grandes enjambées, et en zig-zag, qu'il arpente une vie de scandales et de rémissions, ne maîtrisant pas plus les unes que les autres. 


     Dans ses égarements il se révèle parfois cruel _ vouloir brûler les cheveux de sa pauvre épousée, et quelques années après la traiter de "misérable fée carotte" au moment de l'abandonner encore une fois pour Rimbaud, c'est bien peu charitable. Mais celui qui a "dû refréner [sa] belle folie" et qui n'aura de cesse de chercher la paix _ ou la "Résignation"_ dans La Bonne Chanson, la Sagesse, ou encore dans des Liturgies intimes ne semble guère prédisposé à l'authentique méchanceté


      Pourtant, Verlaine est l'auteur d'un recueil peu commenté, et dont il ne souhaitait pas l'édition complète, un recueil peu verlainien en apparence, et à ce titre intrigant _ trouble plaisir de découvrir les célébrités dans des rôles à contre-emploi, où se dévoile soudain une dimension ignorée (ah! Bourvil dans Le Cercle rouge! Alain Chabat dans Le Cousin!... enfin bref). Il s'agit d'Invectives, une série de courts poèmes qui sont autant de portraits au vitriol, comme on dit, de contemporains. Il y a du règlement de compte dans l'air, assurément, mais aussi beaucoup d'attaques gratuites, du fiel joyeusement répandu, de l'exercice de style tranchant. Pas de pitié-pas de quartier, Paul exécute, lynche, souille sans le moindre état d'âme.


    
Et vous savez quoi?
     C'est incroyablement fade. Une mauvaise imitation, presque scolaire, des pamphlets rageurs dont le XIX° siècle finissant ne fut pas avare. Le poète venimeux crachote. On n'y croit pas une seconde. Quelques exemples? Le premier quatrain jeté à la figure d'"Un magistrat de boue":
          "Fous le camp, quitte vite et plus tôt que cela
               Nos honnêtes Ardennes
          Pour ton Auvergne honnête d'où déambula
               Ta flemme aux lentes veines."
Vigoureuse apostrophe enfantine, racisme régionaliste limité, le coup de poignard est plutôt clément.
Autre quatrain vengeur:
          "Quelq'un a-t-il connu Monsieur S***,
               Quelqu'un ici?
          C'est un gros laid d'assez fadasse mine
               Et bête aussi..."
Parions que Monsieur S*** ne se remit jamais de semblables allégations...


     Loin d'être déçu par ses très pâles agressions, le lecteur se réjouit de surprendre un Paul Verlaine maladroit, inapproprié, insuffisant. Le recueil se clôt d'ailleurs sur une "Apologie" de l'auteur, sur la défensive encore une fois, revenant à lui-même, s'efforçant de saisir pourquoi on voit si souvent en lui "un homme étrange". Un homme étrange assurément, un homme rêvant "Héliogabale et Sardanapale", mais incapable d'écrire un poème réellement incisif.
     Gloire à Paul Verlaine, qui chanta ses échecs et ses regrets, et ne sut pas être méchant
Marco · 1197 vues · 16 commentaires
20 Jun 2008

Marco rencontre un éditeur

                                                                              

     Ben oui, voilà, il fallait bien que ça arrive un jour, un éditeur non parisien m'a contacté par mail pour me rencontrer, suite à l'envoi il y a quelques semaines d'un manuscrit qui, dit-il laconiquement, "ne manque pas d'intérêt", formule qui manifeste un enthousiasme pas trop débordant. Il précise d'ailleurs que la décision finale n'a pas été prise. Il souhaite me voir et m'entendre avant.
     Bref, dans une dizaine de jours, j'ai droit à une entrevue que j'imagine à mi-chemin entre l'entretien d'embauche et l'oral de rattrapage. Cette perspective m'excite au plus au point, comme on s'en doute, même si je ne suis pas spécialement optimiste sur l'issue du dialogue.
     Pénétrant en terra incognita, je me pose beaucoup de questions: faut-il aller chez le coiffeur juste avant? faut-il avoir l'air déterminé ou ingénu? Dois-je hocher la tête en souriant bêtement ou convient-il de couper la parole de mon interlocuteur dès que possible? Et que dire: Monsieur? Votre Eminence? My Lord? ... Est-il important d'avoir lu le catalogue entier de sa maison d'édition (auquel cas, c'est mort)? ...mmmm... que d'improvisation...
     Cependant, cartésien en toutes circonstances, j'envisage 4 scenarii possibles:
     
    SCENARIO 1: Rendez-vous express.
La dame de l'accueil: Bonjour... monsieur?
Marco: Sefaris. Marc Sefaris. j'ai rendez-vous avec monsieur (biiip) à 14 heures au sujet de mon manuscrit...
La dame de l'accueil: Ah!... oui, je vois. Malheureusement, Monsieur (biiip) ne va pas pouvoir vous recevoir aujourd'hui. Il est en déplacement.
Marco: Mais... nous avions rendez-vous aujourd'hui...
La dame de l'accueil: Personne ne dit le contraire. Mais là, il est en déplacement.
Marco: Ah? euh... eh bien, quand sera-t-il possible de le rencontrer?
La dame de l'accueil: Il vous recontactera. Peut être.
Marco: D'accord, merci. Au revoir.
La dame de l'accueil: Je vous en prie. Au revoir [sourire mi-ricanant, mi-compatissant].

    SCENARIO 2: Mégalomanie.
L'éditeur: Eh bien! si vous êtes d'accord, nous commencerons par un tirage à 100 000 exemplaires, avec 60 traductions simultanées. Vos à-valoir à 30%, cela vous conviendrait-il?
Marco: Je ne sais pas encore. J'ai besoin de réfléchir, pour examiner à tête reposée l'offre de vos principaux concurrents.


    SCENARIO 3: Méprise
.
L'éditeur: Ah! quelle vigueur, votre manuscrit! Toutes ces crudités! Ce style échevelé!
Marco: Merci... mais... euh... je...
L'éditeur: Allons allons! ne faites pas le modeste! Croyez-en ma vieille expérience et mon flair, on va entendre parler de vous, mon cher Siféras!
Marco: Séfaris...
L'éditeur: Je vous demande pardon?
Marco: Séfaris... pas Siféras... Marc Séfaris... enfin, c'est un détail...
L'éditeur: Comment ça, un détail? Vous n'êtes pas Siféras qui nous a envoyé Nocturnes hivernales?
Marco: Ah non. Je suppose qu'il y a eu une confusion au service des manuscrits: moi je m'appelle Séfaris, donc, et je vous ai envoyé un roman intitulé...
L'éditeur: Mais on s'en fout de ton torchon, glandu! Pour sûr qu'il y a eu erreur! Qu'on aille vite me chercher ce Siféras! Bon sang, on me fait perdre mon temps, ici!

    SCENARIO 4: Y a encore du boulot.

L'éditeur: Très intéressant, votre manuscrit! Un beau potentiel! Mais impubliable en l'état! Vous en avez bien conscience?
Marco: Oui... je crois que...
L'éditeur: Oh! rien de grave! Juste quelques retouches de ci de là, et ce sera parfait! Tenez, par exemple: la narration. Remplacez la première personne du singulier par la deuxième du pluriel, ça sera plus troublant. Et puis un déplacement de cadre serait bienvenu: situez l'action au siècle précédent, plutôt en Chine. Il faudrait une autre fin également, avec un début différent, bien sûr. Sans parler du personnage de l'étudiante, qui ne sert à rien...
Marco: Mais c'est le personnage principal!
L'éditeur: Justement! C'est ça qui cloche. Trop attendu. Et puis faites-moi disparaître les passages qui se veulent humoristiques, ils ne sont pas très réussis.
Marco: Ah?... je dois tout reprendre, alors...
L'éditeur: Eh! qu'est-ce que vous croyez, mon petit? On n'a rien sans rien! Faut retrousser les manches,et allez! ... Du reste, rien de bien méchant: vous en avez pour 2-3 ans à peaufiner votre bébé, tout au plus. Nous en reparlerons quand vous aurez vraiment fini, hein.

     Je ne sais pas pourquoi, je penche assez pour une variante du scénario 4. Mais bon. On verra bien.  
     Il va sans dire, fidèles (?) lecteurs, que pour préparer cette rencontre au sommet, vos conseils éclairés de vétérans de l'écriture ou d'amateurs mythomanes m'intéressent au plus haut point...
(mais je préviens tout de suite: le premier qui me dit de "rester moi-même" façon coaching de la Star Académy, je lui pète la gueule). 


Marco · 1664 vues · 37 commentaires
11 Jun 2008

La grande littérature pour les pitits enfants

                                                                               
    
     Tous les éducateurs le disent et le répètent: les enfants doivent lire, le plus possible, le plus tôt possible, le plus jouissivement possible. Et en attendant qu'ils sachent lire par eux-mêmes, il incombe aux géniteurs (ou tuteurs légaux) de leur faire la lecture, et quotidiennement s'il vous plaît. Sinon, tout fout le camp, ma brave dame. Ou mieux dit par Frédérique Pernin dans sa Petite philosophie du lecteur: l'enfant par la lecture "explore les rapports ambigus du monde des mots et du monde des hommes".
     Sans compter que la lecture du soir apaise et neutralise les petites créatures les plus frénétiques.
     Deux raisons fondamentales, donc, pour que les enfants soient abreuvés d'histoires dès leur plus jeune âge. Fort bien. Mais que faut-il leur lire? 

     Un peu de tout, sans doute. Les enfants sont preneurs, partants, bon public, on le sait bien. Alors, en général moi je propose à mes filles (7 et 3 ans) des livres avec des images, et puis pas trop trop de texte, parce que la lecture du soir est un beau moment, mais bon les parents ont le film (ou le blog) du soir à voir, quand même. Des histoires très contemporaines ou très anciennes, mais toujours racontées avec des mots simples, à leur portée.
     Voilà où j'en étais bêtement, lorsque des amis (c'est bien, les amis) offrirent à l'aînée Lancelot du Lac, version de Nicolas Cauchy et Aurélia Fronty. De belles images, certes, mais surtout 45 pages où c'est écrit tout petit, et dans un style truffé de tournures médiévales; bref, une adaptation on ne peut plus sérieuse, hautement fidèle aux grands récits de Chrétien de Troyes. Dans cette version, croyez moi, on ne parle pas aux enfants comme à des enfants: les félons s'appellent bien des "félons", la charrette d'infamie est vraiment une "charrette d'infamie", Lancelot se tape bel et bien Guenièvre, il se saigne partout où ça fait très mal en passant le pont de l'épée à califourchon, et Claudas est à la fois un "très bon chevalier, très intelligent et très déloyal" (pffff.... allez leur mettre des idées simplistes en tête, après ça). En feuilletant l'ouvrage, moi bien sûr j'étais un peu incrédule, je me demandais si j'allais reformuler et résumer l'ensemble à ma manière, histoire que tout soit clair dans la tête de mes innocentes enfants...

     Et puis le soir venu... Allez! Tant pis, je lis à voix haute les deux premiers chapitres, sans chercher à mettre particulièrement le ton, persuadé de perdre en route mes deux auditrices. Et puis... phénomène étrange... un extraordinaire silence.... une non moins extraordinaire attention.... et ensuite, je me rends compte qu'elles ont compris ce qu'il y avait à comprendre, sans besoin d'explications supplémentaires! ... Prodige? Serais-je le père de QI à 180 sur pattes? Ou alors... j'avais juste sous-estimé les facultés poétiques des zenfants, pourtant proclamées par Baudelaire (et bien d'autres dont j'ai oublié le nom, désolé pour eux)...
     Confirmation la semaine suivante, cette fois avec Les Voyages d'Ulysse remarquablement adaptés par Anne Jonas et Sylvain Bourrières (sous-titre: "D'après l'oeuvre originale d'Homère"); au hasard, quelques lignes consacrées au séjour sur l'île de Calypso: "Les semaines et les mois passent dans une douce torpeur. Mais à mesure qu'Ulysse reprend des forces, sa mémoire se rappelle à lui. Son rêve d'Ithaque lui mord le coeur, et la beauté de Calypso n'efface pas le souvenir de Pénélope. Alors que s'achève la première année, Ulysse comprend que cette île est une cage de verre, où l'amour de l'immortelle Calypso l'entrave par mille liens invisibles." Même celle de 3 ans écoute bouche ouverte. 

     Bien sûr, au moins la moitié du vocabulaire utilisé leur échappe. Mais loin de les rebuter, ces sonorités sans sens exact les emmènent au loin, dans un pays où le mystère est familier, l'inconnu rassurant, l'opaque plus riche de promesses que le transparent.
     Waou. Il y a des soirs où on redeviendrait volontiers des pitits enfants, juste le temps de la lecture hein, juste le temps que Lancelot épargne la vie du fourbe Méléagant et qu'Ulysse secoue en vain ses liens pour rejoindre les suaves voix de la mer...


    
Marco · 1076 vues · 23 commentaires
04 Jun 2008